10 novembre 2010

...Histoire d'un Travail (part 1)...


Les premiers rayons de soleil se profilent parmi les bâtiments de la charguia et la route X se transforme en une rivière dorée, les premiers bateaux se faufilent du haut de l'échangeur de l'aéroport, le serpent vert prend les rails et commence sa tournée. Tous se heurtent au carrefour, tous s'immobilisent, c'est les travaux du nouvel échangeur. Du coup, les habitants de ce secteur – le quartier résidentiel et administratif du tribunal – se lèvent tous au son des moteurs, au ronronnement du métal, au bruit des pneus sur les rails et au vacarme des travaux, tous sauf ceux équipés du double vitrage et moi.
On n'avait pas de double vitrage chez nous, c'était une simple fenêtre qui, même les volets fermés, laissait passer la lumière. Mais je ne me réveillais pas avec les rayons de lumière caressant mon visage, ni avec le bruit insupportable des mangeuses de pétrole. Je faisais partie de ces personnes qui s'étaient auto immunisées de ces sources de bruits quotidiennes à force de s'y soumettre. En fait, cela fait plus de sept ans que j'habite sur les rives de la route X et j'ai appris à vivre là-bas, surtout à dormir là-bas.
Alors le jour se lève sur la ville d'Ariana et moi, j'étais toujours endormi. Un bruit bizarre se profile et déchire la magnifique symphonie à laquelle j'ai appris à dormir. La vibration du portable, un petit noir sans couleurs, sans sonnerie polyphonique, sans rien ! Le modèle classique tunisien que même un voleur n'en voudrait point. Sa vibration était intense et s'était accompagné d'un bruit gênant répétitif. J'appuie sur une touche et je continue mon harmonieux sommeil. Quelques instants après, le même orchestre romps mon sommeil, cette fois encore je le réduit au silence. Le truc c'est que chaque nuit, j'enregistre trois heures de réveil à dix minutes d'intervalle, ce qui m'assure d'être réveillé au troisième coup.
Et me voilà sur pied à sept heures quarante cinq, contrarié, de mauvaise humeur et avec un manque draconien de sommeil.
Je me lève, je vois tout en flou, j'arrive pas à trouver mes tongs, je fais l'allée retour du couloir de la maison comme un zombie, je me heurte au porte manteau, je prend un verre d'eau de la cuisine, je vais au toilette me laver le visage et faire les petits besoins, puis je reviens à ma chambre, je me heurte encore au porte manteau, je m'allonge sur mon lit et je tombe sur mes lunettes... Le monde revient à sa netteté d'origine. Il faut dire que j'ai toujours vu ce beau monde en flou, mes premières lunettes je les ai eut dès mes quatre ans et j'en ai changé une bonne dizaine jusqu'à mes seize ans, là ma vue s'est stabilisée et j'attends pouvoir faire l'opération pour enfin pouvoir profiter de la netteté de vue dès le matin ! En attendant cela, j'essaie tant que je peux d'éviter les portes manteau au réveil et les chaises au coucher.
Et maintenant que je suis bien réveillé, mes lunettes bien en place, j'ouvre mon armoire et je regarde : Il y a l'étagère des habits de la saison opposée, celle des vêtements qu'on reçoit en cadeau ou que les parents t'achètent, tu en veux pas mais quand même tu les jette pas, celle en bas où on trouve toutes sortes de choses : Des cartables, des sacs à dos, des paquets d'anciennes choses... Et enfin, au milieu, l'étagère des habits habillables de la saison. Le hic c'est que je ne trouvais pas la plupart de mes vêtements, le classique matinal de la mi-semaine ! La plupart de mes vêtements étaient à la machine à laver attendant celui ou celle qui viendra les délivrer et les mettra sécher. Je fais mon choix très difficile parmi les vêtements restants et je me dirige vers la cuisine. Je prépare mon café avec quelques croissants de la veille, du moins ce qui en reste, ensuite je me brosse les dents, je mets un peu d'eau de toilette et je sors, cap le travail, comme chacun de mes jours depuis le vingt trois juin deux milles huit. 
Publié en Novembre 2009

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